Je ne suis pas un écrivain, mais j'écris beaucoup. Du code, et surtout de la prose.
Très souvent, je dois m'interrompre dans un projet. Que ce soit dans la rédaction d'un billet de blogue, ou d'une évaluation (d’un livre, d’un produit, etc), de conseils ou autre, quand j'y reviens quelques jours, semaines―quand ce n'est pas des mois― plus tard, j'éprouve parfois un vertige.
En tant qu'informaticien, personne n’est autant offert en proie que moi à la surcharge informationnelle. Et quand j’écris, je m’efforce d’y ajouter le moins possible; je n’écris que ce qui est exact, clair et utile, donc original. Mais s’astreindre à ce standard exige une excellente mémoire de ce qui a déjà été dit, ce qui me confronte aux limites de ma mémoire. J’éprouve une variante du syndrome de la page blanche, qui―contrairement à ce qu’on s’imagine, ne se produit pas seulement au début d’une œuvre. On pourrait appeler cette variante le syndrome de l’excès de pages; où en suis-je?
C’est avec surprise que j’ai découvert par hasard que ce qui m’arrive est loin d’être nouveau. En décrivant l'avancement de son œuvre principale, Madame Bovary, son auteur, reconnu pour sa rigueur, se plaint qu’à mesure qu’avance ce projet de 5 ans, il en oublie ce qu’il a déjà écrit :
En effet, non seulement Flaubert doit se rappeler ce qu’il a écrit, mais il doit se retrouver dans ce qu’il a réécrit, raturé, puis ré-réécrit, à travers un fouillis de pages. Et même s’il n’écrit qu’une fiction, son cerveau doit se remémorer tout cela à travers de longues recherches qu’il fait pour rendre son récit aussi réaliste que possible.
Maigre consolation : nous sommes donc loin d’être les premiers à souffrir de surcharge informationnelle. En fait, l’article de Wikipédia à ce propos la fait même remonter à l’Antiquité, avant même que Gutenberg nous y rende encore plus vulnérables!