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No Food for Thought

Gustave Flaubert, le syndrome de l'excès de pages et la surcharge informationnelle

admin Tuesday January 13, 2026

Je ne suis pas un écrivain, mais j'écris beaucoup. Du code, et surtout de la prose.

Très souvent, je dois m'interrompre dans un projet. Que ce soit dans la rédaction d'un billet de blogue, ou d'une évaluation (d’un livre, d’un produit, etc), de conseils ou autre, quand j'y reviens quelques jours, semaines―quand ce n'est pas des mois― plus tard, j'éprouve parfois un vertige.

En tant qu'informaticien, personne n’est autant offert en proie que moi à la surcharge informationnelle. Et quand j’écris, je m’efforce d’y ajouter le moins possible; je n’écris que ce qui est exact, clair et utile, donc original. Mais s’astreindre à ce standard exige une excellente mémoire de ce qui a déjà été dit, ce qui me confronte aux limites de ma mémoire. J’éprouve une variante du syndrome de la page blanche, qui―contrairement à ce qu’on s’imagine, ne se produit pas seulement au début d’une œuvre. On pourrait appeler cette variante le syndrome de l’excès de pages; où en suis-je?

C’est avec surprise que j’ai découvert par hasard que ce qui m’arrive est loin d’être nouveau. En décrivant l'avancement de son œuvre principale, Madame Bovary, son auteur, reconnu pour sa rigueur, se plaint qu’à mesure qu’avance ce projet de 5 ans, il en oublie ce qu’il a déjà écrit :

Gustave Flaubert wrote on 1852-07-22:
Je suis en train de recopier, de corriger et raturer toute ma première partie de Bovary. Les yeux m’en piquent. Je voudrais d’un seul coup d’œil lire ces cent cinquante-huit pages et les saisir avec tous leurs détails dans une seule pensée. Ce sera de dimanche en huit que je relirai tout à Bouilhet et le lendemain, ou le surlendemain, tu me verras. Quelle chienne de chose que la prose ! Ça n’est jamais fini ; il y a toujours à refaire. Je crois pourtant qu’on peut lui donner la consistance du vers. Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore. Voilà du moins mon ambition (il y a une chose dont je suis sûr, c’est que personne n’a jamais eu en tête un type de prose plus parfait que moi ; mais quant à l’exécution, que de faiblesses, que de faiblesses mon Dieu!).

En effet, non seulement Flaubert doit se rappeler ce qu’il a écrit, mais il doit se retrouver dans ce qu’il a réécrit, raturé, puis ré-réécrit, à travers un fouillis de pages. Et même s’il n’écrit qu’une fiction, son cerveau doit se remémorer tout cela à travers de longues recherches qu’il fait pour rendre son récit aussi réaliste que possible.

Maigre consolation : nous sommes donc loin d’être les premiers à souffrir de surcharge informationnelle. En fait, l’article de Wikipédia à ce propos la fait même remonter à l’Antiquité, avant même que Gutenberg nous y rende encore plus vulnérables!